Voyage et écologie partie 2 – Repenser le voyage, vers la fin des longues distances ?

Cet article est le deuxième d’une série de réflexion sur le voyage et l’écologie. Ils sont connectés mais peuvent se lire indépendamment les uns des autres.

Avec la crise du Covid-19 (ou la Covid-19 il paraît, mais ça me fait bizarre), j’ai vu passer beaucoup de réflexions autour de l’écologie et notamment du voyage. J’ai d’ailleurs écris le premier article sur le voyage de proximité.

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Paris vu du pont Alexandre III

Il paraît évident que pour cette année, partir à l’étranger en vacances est une mauvaise idée. Déjà parce que c’est impossible dans bon nombres de pays mais aussi parce que continuer à trimballer le virus à travers le monde me semble irresponsable.

Aussi j’ai vu de nombreuses réflexions apparaître autour du tourisme et notamment du fait de partir à l’étranger. Bon nombres de gens voient dans l’épidémie une occasion de retourner vers des vacances de proximité et de cesser le tourisme de masse. Télérama en a même fait sa une du moins de juin (je suis tombée dessus en rentrant chez mes parents) et j’ai vu passer beaucoup de remarques à ce sujet sur les réseaux sociaux.

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Vacances 2020 = promenade dans la forêt du coin ? – Vallée de Chevreuse

Les problèmes du tourisme de masse

Car en effet, le développement du tourisme apporte avec lui son lot de problèmes écologiques et économiques.

Liste non exhaustive :

  • L’augmentation du trafic aérien, on peut prendre tous les calculs qu’on veut, c’est une catastrophe en terme de pollution
  • Le tourisme de masse dans les villes qui entraînent une augmentation rapide de la dégradation des lieux, à Venise par exemple.
  • Le même tourisme dans les lieux naturels pour les même raisons, voir les dégâts sur l’Islande ou Maya Bay définitivement fermée en Thaïlande en raison de la destruction de l’écosystème.
  • L’exploitation des animaux pour les attractions destinées aux touristes.
  • Les déséquilibres économiques qui entrainent l’augmentation des prix pour les locaux.
  • Le manque de logements liés au développement des plateformes telles que Airbnb, voir les problèmes que cela cause dans Paris ou les réglementations passées dans plusieurs pays comme le Japon.
  • La propagation rapide des maladies, comme on a pu le constater avec le Covid-19.

Ainsi, le voyage de proximité permet de réduire bon nombres de problèmes liés au tourisme de masse et de l’avion.

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Et vive le RER direct to Versailles – Domaine de la Reine

Visiter la France, ce beau pays

Et cela ne me dérange nullement de partir en vacances dans notre pays, au contraire. J’aime la France pour beaucoup de choses et la possibilité infinie de lieux de vacances est en bonne place. Nous avons tellement de choix ici, des villes magnifiques, de charmant petits villages, deux mers et un océan, plusieurs chaînes de montagnes, des volcans éteints, des châteaux de toutes les époques, une formidable gastronomie, etc… La France regorge de trésors dans tous les coins et toutes les régions ont leurs lieux d’intérêt.

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Les falaises d’Etretat – Normandie
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Les traboules à Lyon

Je sais que je n’ai pas beaucoup d’articles qui concerne l’hexagone mais c’est surtout parce que j’ai beaucoup exploré le pays avec mes parents puis lors de mes premiers voyages en autonomie (dans ma jeunesse). Après cela, j’ai eu envie de m’émanciper et de partir à la découverte du monde. Ces dernières années je suis donc assez souvent partie à l’étranger, mais j’ai aujourd’hui envie de recommencer à visiter la France, notamment en voyageant différement, à pied ou en vélo.

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Comme une envie de randonnée en pleine nature – Auvergne

Découvrir le monde !

Alors pourquoi tout cela m’angoisse-t-il autant ?

Car c’est une réalité, je rejette entièrement cette idée d’arrêter voyager à travers le monde, de tout mon être. Suis-je une écolo de pacotille, une égoïste qui ne pense finalement qu’à son confort au lieu du bien être de la planète ? 

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Confession honteuse d’une fille qui adore prendre l’avion

Quand je vois l’aplomb avec lequel certaines personnes affirment que c’est la fin des voyages et qu’à présent nous n’allons plus quitter notre pays, cela me terrifie. Quand je lis que c’est tant mieux, qu’il faut arrêter de bouger autant et que nous avons tout ce qu’il nous faut pour voyager au coin de la rue, tout mon être s’y oppose.

Je suis totalement d’accord qu’il n’y a pas besoin d’aller très loin pour passer de bonnes vacances et même pour se dépayser. Mais tel que je vis mes voyages, cette restriction ne me convient pas et encore je ne suis pas une grande aventurière.

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Comment ça c’est pas l’aventure ? c’est un volcan, tout de même ! – Etna, Sicile

J’adore voyager en France et j’ai de nombreux projets de vacances sur notre territoire mais pour moi cela ne remplacera jamais les voyages à l’étranger. Tout ce que le monde a à offrir est différent de ce que l’on peut trouver chez nous.

En bonne française qui adore manger, je vais prendre une métaphore de bouffe pour illustrer mon propos. J’aime les plats de résistance mais je n’envisage pas de me passer de desserts, alors qu’ils ne sont pas essentiels à ma survie. Ce sont tous les deux de la nourritue mais ce n’est pas la même chose et remplacer un dessert par un plat de légumes, c’est non !

Un voyage, à mon sens, ce n’est pas seulement partir de chez soi pour se promener, c’est changer d’environnement et découvrir. Découvrir une autre culture, une autre langue, de la nourriture différente, l’histoire d’un autre pays, d’autres point de vu sur le monde. C’est admirer des paysages différents des nôtres, se confronter à un autre climat, à des odeurs, des bruits, des lumières inconnus.

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Choc de climat au Québec – Parc du Forillon

Lorsque je montre mes photos de vacances et que l’on me dit « Ah mais ça ressemble à *insérer un lieu en France* » cela me laisse toujours un peu dubutative. En effet la photo y ressemble certainement mais je garantis que sur place c’était très différent.

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Le Connemara et la lumière unique qu’on ne voit pas sur les photos – Irlande

Un voyage ce n’est pas seulement de belles images, c’est une expérience de vie entière qui mobilise tous nos sens et nos connaissances. Rien en France ne ressemble au Japon, des temples aux onsen, en passant par les forêts. Aucune montagne n’est similaire à l’Etna, aucune cathédrale n’est proche du Duomo de Florence et aucun palais de celui de Pena au Portugal. Et c’est tant mieux, chaque pays a ses spécifités et l’idée d’abandonner toutes ces expériences et ces découvertes m’est assez insupportable.

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Ginkaku-ji, Kyoto – Japon
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Duomo de Florence – Italie

Vers un autre tourisme ?

D’un autre côté je n’ai aucun problème avec la fin du tourisme dit « de masse », les hôtels all-inclusive d’où les touristes ne sortent jamais, les croisières de 5000 personnes sur les paquebots dignent de villes et les voyages expédiés à coup d’avion tous les deux jours ne m’intéressent nullement. Et j’aurais même tendance à vivement les critiquer.

Je suis d’accord avec le fait qu’il faudrait stopper les vols internes, développer le train et notamment les trains de nuit, diminuer ce tourisme de masse, bazarder tous ces lieux all-inclusive, ses attractions spécialement conçues pour les touristes (souvent autour de l’exploitation animale), la dévastation des côtes et autres lieux naturels pour construire moults hôtels et casinos.

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Les vacances qui ressemblent à ça non merci (le rocher est beau au moins) – Calp, Espagne

Pour moi partir à l’étranger ce n’est pas « être sûr d’avoir du beau temps », « se dépayser » ou « profiter des promos de Carrefour voyage ». Je ne voyage pas juste pour le plaisir de prendre l’avion et de cocher des cases. Je ne choisis pas mes destinations au hasard, je les choisis parce que j’ai envie de découvrir des éléments du pays en question.

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Uji, 100% pluie et 100% émerveillement – Japon

Voyager c’est partir à la découverte d’un pays, d’une culture, d’une gastronomie et d’une histoire qui m’intéresse. A mon sens, ce n’est pas synonyme de contrées lointaines et encore une fois partir en France me paraît tout aussi légitime que visiter la Nouvelle Zélande. J’apprécie partir à la découverte de la nature, l’histoire et la gastronomie française.

C’est aussi pour cela que j’ai dû mal avec toutes les recommandations que l’on voit passer sur le net à destination des touristes qui ne sauraient pas où partir mais qui ont juste envie de bouger (tout comme les articles « 10 raisons de vous convaincre d’aller visiter tel lieux ! »). Je trouve que c’est une incitation à la consommation de voyages, là où je pense que ceux-ci doivent partir d’une envie de découvrir un endroit précis, une raison qui me semble plus légitime de se déplacer.

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Palais de Pena – Sintra, Portugal

Tout est question de point de vu

Mais finalement je suis sûrement condescendante, pour les gens qui aiment ce genre de vacances, en voir la fin les mets peut-être mal à l’aise autant que moi à l’idée de ne plus partir à l’étranger. Et sûrement que ma conception du voyage est aussi critiquable, tout dépend de l’endroit où l’on met le curseur. Dans tous les cas je suis tiraillée entre ma conscience qui hurle qu’on massacre la planète, la civilisation et l’humanité et qu’il faut stopper tout ça et mon désir de continuer à profiter de certains privilèges en fermant les yeux sur les conséquences.

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Dubrovnik en mode rien à foutre – Croatie

J’ai donc un rapport mitigé vis-à-vis du tourisme de masse, lorsque je lis que certains sites étouffent sous le tourisme et ses conséquences. J’ai très envie de voir Venise, d’aller en Islande et je suis même allée à Dubrovnik mais en même temps savoir que je suis le mouvement de la destruction de ces sites me mets mal à l’aise. Et la pire phrase reste pour moi « Il faut y aller avant que cela ne disparaisse« . Evidemment que j’ai envie de voir ces lieux avant qu’ils ne disparaissent ! Mais n’est-ce pas le summum de l’égoïsme et de l’individualisme que de penser cela ? En agissant ainsi, c’est précipiter ce qui est déjà en marche, c’est faire passer son désir personnel avant la sauvegarde du patrimoine de l’humanité et des trésors naturels.

Ces dernières années j’esquive le problème en privilégiant des destinations qui ne sont pas en danger, comme mon projet de repartir en Ecosse. Même si l’île de Skye commence aussi à être en difficulté à cause du tourisme de masse. Voyager serait donc uniquement synonyme de destruction ? C’est terriblement triste vu tout ce que cela nous apporte, en tant qu’humain.

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Comme une envie de préservation – Plitvice, Croatie

Le voyage, essentiel dans nos vies ?

Mais en même temps je pense que le voyage est important, comme le prouve les milliers de citations de grands auteurs/penseurs que l’on peut trouver sur le net. Voyager nous permet de faire preuve d’ouverture d’esprit, de confronter nos opinions à d’autres, de tenter des choses que nous n’aurions jamais fait, de nous forger des souvenirs inoubliables, de goûter des saveurs inconnus, de prendre des risques, de se découvrir, etc …

Et comme j’ai déjà fanchi le pas de la citation de blog de voyage dans mon précédent article, allons-y de nouveau ! Ma citation préférée sur le voyage parle d’elle-même il me semble.

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page » Saint Augustin

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Une nouvelle page en arrivant à Hiroshima – Japon

Et d’autres pour le plaisir :

« Parce qu’au bout du compte, tu ne te souviendras pas du temps passé au bureau ou à tondre la pelouse. Va grimper cette foutue montagne » Jack Kerouac

« Qui n’a pas quitté son pays est plein de préjugés » Carlo Goldoni

Je reste persuadée que le voyage est une ouverture sur le monde et qu’il nous aide à changer pour le mieux. Et bien que ce soit terriblement paradoxal, je crois que voyager développe notre conscience écologique.

Cette question sera l’objet du troisième artcile de la série sur le Voyage et l’Ecologie.

4 réflexions sur « Voyage et écologie partie 2 – Repenser le voyage, vers la fin des longues distances ? »

    1. Merci pour ce commentaire 🙂 Je suis contente de savoir que je ne suis pas la seule ! Et je trouve difficile de s’exprimer à l’écrit en essayant d’anticiper ce que les lecteurs vont penser. Un article est un monologue donc personne n’est là pour ouvrir une discussion. C’est chouette d’avoir un retour.

      Aimé par 1 personne

  1. Bonjour 🙂 Merci beaucoup pour ce très chouette article, qui fait écho à tellement de mes questionnements.
    Cela fait très longtemps que je m’interroge sur le besoin des gens (moi inclus) de voyager. J’ai vu la multiplication des articles du type « cinq choses à voir absolument à Rome sur un city trip », « comment passer deux jours à Bruxelles » ou encore « comment choisir entre Prague et Budapest » et j’avoue que ça a commencé à me rendre un peu dubitative (parce que finalement si la personne n’arrive pas à choisir entre Prague et Budapest, pourquoi vouloir aller à Prague ou à Budapest ?). Et j’avoue que je le faisais aussi il y a quelques années, sauter dans un avion au premier week-end de trois jours venu, peu importe où il allait. Mais ça a commencé à me mettre mal parce que c’était trop en disonnance avec mes inquiétudes écologiques. Et finalement dans mes discussions avec mon entourage, j’ai fini par avoir l’impression que beaucoup de gens ne voyageaient que pour voyager et que finalement la destination importait peu tant que l’on pouvait ensuite raconter que l’on avait « fait » (expression qui m’insupporte un peu parce que je trouve qu’ellee sous-entend que l’on a pu tout voir et tout faire dans un pays en peu de temps) un pays de plus et plus il est exotique plus ça rapporte de points. Mais je n’ai jamais trop osé en parler parce que j’avais peur d’être trop condescendante ou trop snob.
    Parce que le hic, c’est que j’adore voyager. C’est la raison pour laquelle je vais travailler les jours où j’ai pas trop le moral, en me disant que mon but c’est de pouvoir partir. Du coup je crois que je prends le voyage tellement à cœur que je ne comprends pas comment on peut y voir un simple objet de consommation. Surtout que je suis d’accord avec toi, on peut voyager près mais pour moi ce n’est pas exactement pareil (très difficile de ne pas se sentir super snob en disant ça). Le climat, les lumières, les odeurs, en bref l’ambiance de ne sont pas les mêmes si on s’éloigne. Et il y a des ambiances que l’on ne peut pas répliquer chez nous.
    Mais cette question se heurte de plus en plus à mes convictions écologiques. Le confinement aura au moins eu le mérite de faire avancer ma réflexion là-dessus. Finalement je me suis dit qu’il n’y avait pas tant que ça d’endroits où je veux « absolument » aller dans ma vie. Du coup j’ai décidé de ne plus partir dans des endroits qui ne m’attirent pas plus que ça juste histoire de dire que je j’ai « fait ». Je vais essayer de vraiment limiter mes déplacements mais sans pour autant m’interdire à vie de partir. Par contre, cette fois la prochaine fois que je pars en voyage, je veux vraiment le vivre comme le voyage d’une vie justement parce que ce sera plus rare.
    Merci beaucoup d’avoir partagé tes réflexions en tout cas, ça m’a beaucoup fait réfléchir et ça rejoint ce que je pense sur beaucoup de points 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour,
      Merci beaucoup pour ce commentaire très construit !
      Je suis ravie de voir que mes réflexions ne sont pas vaines, parfois je me dis que je me pose trop de question. Et je suis parfaitement d’accord avec toi, je réduis aussi mes voyages aux pays que je veux vraiment visiter et pas juste pour le plaisir d’être dépaysée (enfin de toute façon en ce moment c’est impossible, mais au moins on y réfléchit).
      Et je suis aussi d’accord que voyager près de chez nous ce n’est pas pareil, à mon sens ce n’est pas snob de le dire. C’est bien ce qui fait qu’on se pose autant de questions. Si on pouvait se satisfaire en ne faisant que des balades à pied autour de chez soi, toutes les questions écologiques seraient vite réglées ! ah ah
      En tout cas ton retour me motive pour continuer à poster des réflexions sur ces sujets 🙂

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